Révéler la profondeur de la photographie en noir et blanc par un jeu subtil de contrastes, de lumières et d’ombres confère à l’œuvre de Hammami une puissance poétique et narrative voire une théâtralité intrigante.
RENCONTRE
e-taqafa : Pourquoi le titre « Maroc, terre de Lumière » ?
Jamal Hammami : Mon objectif est de mettre en avant la splendeur et la beauté visuelle du Maroc, ce pays unique qui se démarque par sa lumière, ses couleurs, son architecture et sa richesse culturelle. « Bladna Kenz », notre pays est un trésor.
e-taqafa : Le jeu d’ombre et de lumière définit votre création, pourquoi cette préférence ?
Jamal Hammami : En photographie, l’ombre et la lumière constituent des éléments essentiels, influençant de manière significative la composition, l’atmosphère et le récit visuel de l’image. Un jeu d’ombre et de lumière peut métamorphoser une photographie banale en une oeuvre d’art. Le contraste marqué de mes photographies est en grande partie influencé par l’approche technique d’Ansel Adams, un photographe américain de renommée, dont les livres « Zone System » et « The Negative » sont des références. En noir et blanc, un contraste prononcé (d’ombre et lumière) peut susciter des émotions intenses, tandis qu’une ombre projetée par une source lumineuse peut enrichir la narration.
e-taqafa : Quels sont vos critères dans le choix entre noir et blanc et couleurs dans vos photographies ?
Jamal Hammami : Habituellement, le choix entre la photo en noir et blanc et en couleur varie en fonction de plusieurs critères, tels que l’intention artistique, le message à transmettre et l’émotion souhaitée. Pour ma part, j’ai une préférence pour le noir et blanc, pour créer des ambiances intemporelles et jouer avec les contrastes pour obtenir une belle expression des visages. Pour la couleur, je l’utilise quand elle a une signification identitaire et culturelle, comme le bleu de Chefchaouen et le rouge ocre de Marrakech.
e-taqafa : Pourquoi le choix de la photographie de rue ?
Jamal Hammami : Mon parcours académique s’est orienté vers la photographie de reportage et le documentaire (Cartier Bresson, André Kertész, Robert Doisneau, Robert Frank et d’autres). La « street photography » me donne une grande liberté artistique, me permettant de capturer des instants authentiques et fugaces de la vie de tous les jours. Pour capturer ces moments décisifs, il est indispensable d’avoir une grande maîtrise technique de l’appareil photographique, une réaction rapide et une grande capacité d’observation.
e-taqafa : Une présence humaine fragile dans de grands espaces, cette image « minimaliste » revient souvent, est- ce voulu ?
Jamal Hammami : Certains appellent cela la photographie minimaliste. C’est un style artistique qui se caractérise par sa simplicité et son minimalisme. En utilisant cette démarche photographique, je souhaite capturer la véritable essence d’un sujet en supprimant les éléments superflus, en mettant l’accent sur la composition, les formes, les lignes, les textures et les couleurs. J’utilise des nuances de lumière pour mettre en valeur mon sujet principal.
e-taqafa : Dans vos photographies, nous remarquons également l’intérêt pour les portes ?
Jamal Hammami : Les portes marocaines (contrairement aux portes que j’ai vues et photographiées à New York ou à Londres.) constituent un sujet captivant et riche pour les photographes, offrant de nombreuses opportunités créatives grâce au jeu d’ombres et de lumières, ainsi qu’à leurs textures et couleurs. Elles occupent une place essentielle dans la photographie urbaine. Les ornements changent selon les villes ; certaines sont embellies avec des motifs symboliques et colorées alors que d’autres se caractérisent par leur sobriété.
e-taqafa : Les personnages sont souvent des femmes, est-ce un hasard ?
Jamal Hammami : Il s’agit d’une série de photos parmi d’autres. Prendre des photos de femmes dans le contexte de la photographie de rue peut permettre de saisir la beauté du quotidien. Toutefois, il reste crucial de procéder avec respect et de veiller aux droits et à la dignité des personnes photographiés. La présence féminine peut inspirer grâce, élégance ou dynamisme à une image, ce qui contribue à une composition visuelle plus riche. Souvent, les femmes s’habillent avec des tenues ou des ornements qui traduisent leur culture (haïk), leur foi (hijab) ou leur goût personnel, apportant ainsi une valeur identitaire et culturelle à une image.
e-taqafa : Les photographies Essaouira 1993 sont conçues différemment, quelle est la technique utilisée ?
Jamal Hammami : À l’époque de l’argentique, il était nécessaire de faire des recherches techniques afin d’améliorer l’aspect artistique. Ma démarche pour produire ce style de photos, en particulier pour les prises de vues nocturnes est l’utilisation des films (chrome) type Daylight 5500k avec une lumière artificielle 3200K pour avoir une lumière avec une dominante chaude orangée, sans l’utilisation de filtres.
e-taqafa : Vous travaillez sur un projet qui lie l’identité à la lumière, quel est ce concept ?
Jamal Hammami : Pour résumer, la photographie repose sur un concept où la lumière, en tant qu’élément essentiel, peut mettre en lumière, modifier ou illustrer des facettes de l’identité. Elle fait ressortir les traits physiques ainsi que les émotions ou les expressions qui caractérisent un individu. Exemple : l’utilisation d’un éclairage venant de face, d’une source latérale ou la technique de clair-obscur... produit différentes impressions et offre la possibilité de révéler diverses facettes de la personnalité d’un individu.
e-taqafa : Que représente pour vous cette exposition à l’Espace Rivages ?
Jamal Hammami : Une exposition dans un magnifique endroit comme l’Espace Rivages ne peut qu’ajouter une dimension supplémentaire à mes photos. Cet espace offre également aux artistes marocains résidant à l’étranger la possibilité de maintenir le contact et de se faire connaître dans le pays d’origine. Un grand merci à la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger, ainsi qu’aux responsables de l’Espace Rivages pour leur professionnalisme exemplairet
Fatiha Amellouk pour e-taqafa.ma